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Une performance à laquelle la marque Parkside de Lidl, revendiquée comme la marque de bricolage la plus vendue en Europe, n’est pas étrangère. Face à ce succès, les généralistes accélèrent : Carrefour a lancé Hyba sur le jardin, et Auchan a fait de même avec Gardenstar, une marque qui dépasse déjà les 600 références. Ce succès s’explique par la structure même du marché du bricolage en France : dominé par des enseignes spécialisées intégrées (Leroy Merlin, Castorama, Bricomarché), où la marque de l’enseigne bénéficie d’une forte caution technique et où l’acte d’achat est moins statutaire que dans l’électronique grand public.


Le textile est l’un des tout premiers marchés non-alimentaires investis par les MDD, avec des marques bien installées depuis des années : Tex chez Carrefour, Tissaia chez E.Leclerc, InExtenso chez Auchan, ou encore U Essentiel, U Collection et Prix Mini chez Coopérative U.

Mais la réalité des ventes s’est nettement dégradée pour les grandes surfaces alimentaires (GSA) sur ce marché : leur part de marché textile est tombée à 8,1 % fin 2024, sous la pression conjuguée des enseignes spécialisées, des discounters et du e-commerce international. Pour résister, les enseignes misent désormais sur la transparence environnementale comme sur le prix : un QR code pour détailler l’ impact environnemental de chaque référence depuis l’entrée en vigueur, le 1ᵉʳ octobre 2025, de l’affichage environnemental textile imposé par la loi Climat et résilience de 2021.


Sur le gros et le petit électroménager ainsi que l’électronique grand public, la pénétration des MDD en grande surface alimentaire reste inférieure à 10 % en 2025 toujours selon Nielsen. Une exception notable toutefois : le gros électroménager, où les MDD captent 28 % des volumes, portées notamment par la montée de l’encastrable. Plus largement, en équipement de la maison, le poids des MDD en volume varie fortement selon la catégorie : de seulement 4,7 % pour la photo à 30 % pour les articles culinaires, un rappel utile que le non-alimentaire ne se comporte jamais comme un bloc homogène.
 
C’est justement chez les enseignes spécialisées de l’électroménager et du multimédia que le modèle mixte; marques nationales et marque propre en parallèle,  est le plus abouti et le plus ancien.

Boulanger a lancé ses marques propres dès 2005 (Essentiel B)et en compte aujourd’hui six au total. Darty a fait le même choix avec Proline, But et Electro Depot également. Dans tous ces cas, la marque propre ne s’est jamais substituée aux marques nationales : elle vient plutôt compléter l’offre sur l’entrée et le milieu de gamme, là où les grandes marques n’apportent pas de différenciation technique suffisante pour justifier leur prix.


Au-delà de l’électroménager, plusieurs univers de spécialistes ont fait de la coexistence entre marques nationales et marque propre un vrai pilier stratégique, sans jamais renoncer aux premières.
 
Norauto en offre l’exemple le plus abouti et le plus explicite. L’enseigne développe sa propre marque depuis 1994 (barres de toit, puis pneus dès 1995) au sein d’un laboratoire de R&D interne, « Le Lab » : elle représente aujourd’hui 35 % du chiffre d’affaires du réseau, soit environ 500 millions d’euros, avec un objectif de 600 millions d’ici 2027, sur un catalogue de 4 500 références . L’enseigne assume une architecture d’offre à trois niveaux, résumée par son directeur marketing : un premier prix, une marque Norauto positionnée sur le meilleur rapport qualité-prix, et une sélection de grandes marques

En optique, la marque propre a également gagné du terrain sans éliminer les marques nationales : selon GfK, une paire de lunettes sur trois achetées en France est aujourd’hui un produit MDD. Écouter Voir écoule ainsi 200 000 paires par an de sa marque Juste, et Krys Group a investi 23 millions d’euros dans sa propre usine de fabrication de verres à Bazainville.
 
En santé et parapharmacie, le mouvement est plus récent mais nettement plus dynamique que le marché dans son ensemble : les MDD y ont progressé de près de 13 % en un an, contre 3 % pour l’ensemble de la vente libre en officine. Le réseau Pharmacie Lafayette s’appuie sur 700 produits répartis en 14 marques exclusives, tandis qu’EvoluPharm revendique 550 références et son propre laboratoire de génériques sous MDD.
 
En ameublement et décoration, Conforama offre l’exemple le plus documenté d’un modèle mixte assumé : l’enseigne a lancé dès 2011 deux marques propres différenciées avec un objectif affiché de représenter 30 % des références à terme — et plus récemment, en décembre 2024, une marque dédiée à la literie, « 8 Heures », conçue en France.

Plus largement, les MDD captent aujourd’hui environ 20 % du chiffre d’affaires du marché du meuble neuf en France.
 

Décathlon reste un cas à part, presque hors catégorie : contrairement aux exemples ci-dessus, qui restent des modèles mixtes, l’enseigne a poussé la logique jusqu’à son terme, avec un taux de MDD proche de 80-90 % de son assortiment et une intégration verticale complète depuis la conception.


Cette logique de marque propre ne se limite pas aux produits physiques : plusieurs enseignes l’ont étendue à des services entiers, en s’appuyant sur la confiance déjà accordée par leurs clients pour un achat du quotidien. La location de véhicules, les forfaits de téléphonie mobile ou certaines offres de culture, agence de voyage ou d’assurance sont ainsi devenus des relais de diversification à part entière pour plusieurs grands distributeurs français, certains ayant été précurseurs en la matière dès le milieu des années 2000. La logique reste la même que sur les produits : capter davantage de valeur sur des dépenses récurrentes des clients, en s’appuyant sur la notoriété de l’enseigne plutôt que sur une marque tierce.

 
Trois sujets méritent d’être posés comme pistes de réflexion pour l’avenir des MDD non-alimentaires en GSA classique.
 
La concurrence de la seconde main, qui s’attaque exactement aux mêmes rayons. Le marché de l’occasion entre particuliers a doublé entre 2019 et 2024, pour atteindre 14 milliards d’euros en France. Le problème pour les MDD non-alimentaires, c’est que des plateformes comme Vinted, Leboncoin ou Vestiaire Collective sont positionnées très exactement sur les catégories où les MDD généralistes tentent de se faire une place.
 
Face à cette pression, plusieurs enseignes généralistes ont choisi d’organiser elles-mêmes leur offre d’occasion, parfois au risque de cannibaliser leur propre MDD. E.Leclerc a changé de braquet fin 2025 en adoptant la solution Circularx (déjà utilisée par Boulanger et Leroy Merlin) pour son réseau Leclerc Occasion, fort de plus de 50 magasins et de près d’un million de produits en ligne. Auchan a de son côté installé, dès 2020, des corners de mode de seconde main avec Patatam dans ses hypermarchés, avec l’ambition de les généraliser à terme à l’ensemble du réseau. Chez Fnac Darty, l’activité « Seconde Vie » a atteint 180 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en progression de 24 % sur un an.
 
À cette dynamique s’ajoute un facteur réglementaire appelé à peser lourd sur les volumes disponibles. Depuis le 19 juillet 2026, un règlement européen interdit aux grandes entreprises – fabricants, importateurs et distributeurs confondus, au-delà de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires – de détruire leurs invendus textiles et chaussures neufs ; l’obligation s’étendra aux entreprises de taille moyenne d’ici 2030. La France avait anticipé ce mouvement dès 2020 avec la loi AGEC, qui interdit déjà la destruction des invendus non-alimentaires. Mécaniquement, ces stocks devront être réorientés vers le don, le réemploi ou le recyclage, ce qui va alimenter encore davantage les volumes disponibles en seconde main.
 
Pour la MDD non-alimentaire, la question n’est donc plus seulement « faut-il investir ce rayon ? » mais plutôt : faut-il participer à ce marché de l’occasion, l’organiser et en capter le chiffre d’affaires, en y ajoutant un service que les plateformes C2C n’offrent pas aujourd’hui – le contrôle qualité ?
 
Le SAV, frein historique jamais vraiment résolu pour les GSA généralistes. C’est l’un des obstacles les plus régulièrement cités par les professionnels du secteur pour expliquer la timidité des MDD sur l’électroménager et le high-tech : un service après-vente coûteux à monter, alors que le SAV gratuit sous garantie représente à lui seul 2 à 3 % du chiffre d’affaires du rayon concerné, sans compter la formation continue des techniciens. Les enseignes spécialisées comme Darty en ont fait un vrai levier de différenciation et de réassurance ; les GSA générnalistes, moins organisées sur ce terrain, doivent plutôt jouer sur des garanties de remplacement simplifiées ou la reprise des produits en fin de vie, plutôt que de chercher à rivaliser frontalement sur la réparation
 
Un cadre réglementaire de plus en plus lourd, qui pèse spécifiquement sur la MDD.

C’est sans doute le frein le moins visible mais le plus structurel. Sur la plupart des catégories non-alimentaires , la réglementation française impose un principe de responsabilité élargie du producteur (REP) : adhésion obligatoire à un éco-organisme agréé, déclaration annuelle des quantités mises sur le marché, versement d’une éco-contribution modulée selon des critères d’éco-conception (réparabilité, recyclabilité…).

Or, pour un produit vendu sous MDD, c’est bien l’enseigne elle-même qui endosse juridiquement le statut de « metteur sur le marché », donc de producteur responsable au sens de la REP — alors que pour un produit de marque nationale déjà conforme, c’est l’industriel qui porte cette charge administrative. Autrement dit, chaque nouvelle référence MDD non-alimentaire ajoute à l’enseigne une responsabilité réglementaire et un coût de gestion (déclarations, éco-contributions, marquage, traçabilité) qu’elle n’aurait pas à assumer en se contentant de référencer une marque nationale déjà en conformité. Avec la multiplication des filières REP prévue par la loi AGEC (une dizaine de nouvelles filières créées entre 2021 et 2025) et la sophistication croissante des critères d’éco-modulation, ce coût de mise en conformité devient un vrai frein à l’élargissement rapide de l’offre MDD non-alimentaires.
 
En creux, ces trois sujets disent la même chose : la MDD non-alimentaire ne se joue plus seulement contre les marques nationales. Elle doit aussi apprendre à exister face à des modèles de consommation entièrement nouveaux, et à absorber une charge réglementaire croissante qui n’existait pas au début de son développement.